Richard Martinez aka erem

La voie du regard

La photographie ne traduit pas la réalité : elle la transcrit, l’adapte – pour le meilleur et pour le pire – et parfois même, la trahit et l’escamote. Elle ne peut rendre ni les bruissements ni les odeurs, ni les mouvements syncopés de la vie. Ce n’est d’ailleurs pas son propos.

Mais elle peut capter le saisissement glacé, la fissure et la faille qui fracturent le quotidien, le détail infime que la masse aveugle et froide ignore. Elle possède la puissance révélatrice du témoignage ou le pouvoir vaporeux de la grâce, lorsqu’elle piège les balbutiements de la Nature et les tressaillements de l’homme en révolte ou en accord avec lui-même.

L’objectif ne connaît pas les plaisirs et les désarrois de la subjectivité; mais n’est-il pas, ce cercle des reflets lumineux, qu’un œil de verre?

Le regard véritable et profond, la «sensibilité» de l’appareil, n’appartiennent-ils pas plutôt à celui qui, derrière l’instrument, le guide et le dirige : le photographe, le chercheur, l’homme. Avec ses angoisses, ses craintes, son désespoir, sa lucidité, sa vigueur, son enthousiasme.

La technique, le travail de laboratoire ont leur importance, mais ne restituent que des images mortes s’ils ne débordent pas du cadre de l’art pour l’art. La photographie est une mémoire pour les siècles futurs, mais elle est avant tout un regard, une voix qui hurlent la violence et les soubresauts d’une époque en décomposition.

Richard Martinez s’adresse à ceux qui ont décidé d’enlever les masques et les oripeaux d’une société qui ne contrôle même plus les armes de son suicide.

 
eremGallery propose des photographies réalisées depuis 1976, certaines ont le poids d’un lourd témoignage, d’autres la légèreté insolente de l’adolescence.


Photo : © Daniel R. Ammann